On ne va pas à Alger pour chercher un quelconque rapport avec les Pyrénées, et pourtant on pourrait en trouver, parfois un peu tiré par les cheveux. Une rue des Pyrénées ou plutôt « Pyrennes » y existe bien dans le quartier d’El Mouradia, à deux pas du consulat marocain et de la rue du Berry. Également, on pourra entendre le premier ministre du gouvernement, Abdelaziz Djerad qui affirmait en 2020 que l’origine du nom de nos montagnes venait de l’arabe et des conquérants arabo-musulmans qui au 8ème siècle se seraient exclamés en voyant la blancheur des montagnes qu’elle leur rappelait celle de leurs burnous. « Il y a une chaîne de montagnes entre la France et l’Espagne qui s’appelle les Pyrénées. D’où vient ce nom ? C’était à l’époque des conquêtes (islamiques, ndlr). En voyant les montagnes enneigées, ils ont dit : regardez, ça ressemble à nos burnous. L’origine du nom Pyrénées vient du mot burnous », a dit Abdelaziz Djerad. Tout en donnant une explication sur l’origine des Pyrénées, Abdelaziz Djerad avait plaidé lors de cette rencontre, le 25 mai 2020 avec le monde culturel pour la promotion de l’habit traditionnel algérien, en le portant notamment dans les manifestations internationales, selon le compte rendu de l’agence officielle. Cette affirmation est bien sûr fausse puisque le nom de Pyrénées existe depuis l’Antiquité, c’est à dire depuis bien avant l’arrivée des musulmans en Espagne. Il suffit de lire Diodore de Sicile ou Strabon. Sinon, l’historien Pierre Baillet rappelle qu’à la fin de l’année 1962 environ 30 000 Pieds-noirs se seraient installés dans le département des Pyrénées-Orientales, mais surtout à Perpignan et à Port Vendres (mais Port Vendres, bien qu’au bord de la mer, c’est déjà les Pyrénées!)
Alors en cherchant bien, on peut finir par trouver. Finalement, de loin, ce n’était pas ce qui était le plus important dans ce voyage alors que le contexte politique est plus que tendu entre nos deux pays.
– Tu vas en Algérie pour les vacances? Mais quelle idée!.
Effectivement, nous y sommes allés sans trop savoir à quoi nous attendre et deux éléments qui nous ont paru évidents c’est que la ville est très belle et que les Algérois nous ont offert un accueil vraiment des plus chaleureux. Le service dans les restaurants était chaque fois impeccable, les serveurs polis et attentionnés et puis la qualité de ce que nous y avons mangé indubitable : chorba, couscous, langue de veau, escargots sauce Yulmaz (c’est le restaurant familial, où nous sommes revenus, dans lequel nous l’avons mangé, comme beaucoup des autres plats d’ailleurs), tajine mais pas comme au Maroc, dorade, rouget, chakhchoukha, burek craquants… À aucun moment dans la rue, nous n’avons perçu une quelconque animosité contre nous en tant que français. Les rues du magnifique centre ville sont vivantes et sécurisées et même les promenades dans la casbah ne nous ont pas posé de problèmes. L’ambiance y est forte et particulière, car on peut souvent voir la mer, et la belle baie d’Alger au loin, au-delà des terrasses des toits. Mais elle est dans un tel état de délabrement, impressionnant, qu’il serait réellement temps que les autorités fassent quelque chose, d’autant plus qu’elle est un symbole de la période d’avant la colonisation. On ne se lassera pas de passer à proximité de la mosquée Ketchaoua, successivement remaniée, dès le 18ème sous le gouvernement du Dey (titre des régents d’Alger sous domination ottomane du 17ème siècle à 1830), puis pendant la colonisation française, transformée à l’occasion en cathédrale (Saint-Philippe) avant de revenir au culte musulman. Visiter une si belle ville, sans rencontrer trop (ou très peu) de touristes, avait aussi quelque chose de décalé et d’hyper agréable. Sans faire l’apologie du régime colonial (c’est impossible!), on ne peut tout de même que constater l’impressionnante beauté de l’ensemble urbain construit à ce moment-là. Cela a quelque chose d’assez irréel et décalé car bien sûr et heureusement les algériens se le sont approprié avec la vie commerçante, des boutiques et restaurants, terrasses. On se promène tête en l’air bien souvent, ou le regard curieux qui passe derrière les grandes portes d’entrée des immeubles de type haussmanien pour observer les cages d’escalier ou les autres escaliers extérieurs dans cette ville à plusieurs niveaux, adossée à la colline. On pourra trouver l’ancienne grande poste magnifique et majestueuse. En remontant la rue Didouche, du nom du récit éponyme de Djadouida Ibnou-Zekri, notre oeil jouera avec ce long défilé de façades.

Mais la ville n’a pas que les vestiges de cette période. Les différentes résidences du régime du dey d’Alger d’avant la colonisation offrent également des sites remarquables avec leurs patios et leurs parcs qui rappellent quelque peu l’Andalousie. Le musée du Bardo par exemple en occupe une. Enfin, dominé par l’élancé monument aux Martyrs, le fameux musée des beaux arts offre une collection riche et magnifique de grands maîtres européens mais aussi de peintres moins célèbres qui étaient en résidence d’artistes et qui ont peint de nombreux sites comme Alger, Tipaza ou les montagnes de la Djurdjura proches de la ville. Nous étions venus à Alger pour voir des tableaux d’Etienne (ou Nasredine) Dinet et nous avons aussi pu voir que des oeuvres de la peintre algérienne Baya étaient également exposées dans la salle surannée et si charmante de la bibliothèque du musée et dans une autre salle ceux de Mohamed Racim. Mais l’aquarelle de Claude Savorgnan de Brazza intitulée Tassa Melloul, vue sur le village et les montagnes de Djurdjura m’a laissé un souvenir particulier avec son paysage enneigé des montagnes et le village sur des lignes de crêtes, caractéristiques de la Kabylie.


Voilà, on aimerait bien revenir en Algérie, parcourir les montagnes de la Djurdjura (du berbère jar jar tas de pierre?) et la fameuse Lalla Khedidja son point culminant (2306m) représentée sur l’étiquette de la bouteille d’eau minérale du même nom ou aller à Bou Saada qui a inspiré Etienne Dinet et manger à nouveau au restaurant Yulmaz d’Alger.

« De loin on ne voit que des façades blanches qui se déversent sur la mer. Et puis on découvre des rues élégantes où les immeubles arts déco rivalisent d’ornements chics : ici en dorures, là des mosaïques ou encore des vitraux… le fer forgé noir des balcons tranche sur les façades renforçant le côté chic façon smoking noir-chemise blanche. De chaque côté, des arbres taillés en carré apportent de l’ombre car même en décembre le soleil est bien là, ce qui nous rappelle que nous ne sommes pas dans une ville européenne même si les nombreuses pâtisseries dans ce décor vaguement haussmannien nous font douter de notre géographie. Et puis plus loin la configuration change, les rues se font ruelles tortueuses: les habitations deviennent plus typiques avec leur portes arrondies, leurs fenêtres plus petites et leur encorbellement de bois. Des escaliers nous amènent à des ateliers ou des ouvriers travaillent encore dans de toutes petites pièces comme cette couturière dont la machine à coudre trônait au milieu de 6 m2 ou encore ce cordonnier qui œuvrait au milieu de piles d’échantillons de cuir. On se laisse guider par nos pas encore et du haut de la casbah, on admire ce labyrinthe qui s’étend jusqu’à la mer, tel un tableau de Jacques Majorelle. L’appel du muezzin nous sort de notre rêverie et l’on se dit que l’on est effectivement bien loin de notre hexagone et que ce mélange, à la fois si familier et si dépaysant, est à la fois déroutant et tellement séduisant qu’il nous donne déjà envie de revenir alors que notre séjour débute à peine. » (C.)



Photo ci dessus : Dans une ville indéniablement francophone, on trouvera facilement de quoi lire, ici à la librairie Kalimat ou à la librairie du tiers-monde.
