AragonPyrénées 3000

Le pic de la Maladeta (3308m) à ski de randonnée (presque …)

L’ampleur des versants du massif de la Maladeta, le plus haut des Pyrénées, permet pour les amateurs de ski de randonnée de dévaler de longues pentes comme probablement nulle part ailleurs dans la chaîne. En partant du parking public de Llanos del hospital au bout de la vallée de Benasque dans le haut Aragon, puis en remontant plus ou moins les pistes de ski de fond pour aller rejoindre le refuge de la Rencluse (2145 mètres), nous sommes arrivés par une belle nuit éclairée au bout de deux heures d’effort. Les gardiennes du refuge nous attendaient et nous ont servi, malgré l’heure un peu tardive de notre arrivée, le repas dans un ambiance chaleureuse. Le lendemain, dès le levé, à la lueur des sommets éclairés sur fond de ciel bleu, le vaste versant s’offrait à nous dans ces ambiances hivernales qui nous font aimer la montagne et qu’on s’était mis à regretter comme des vieux souvenirs d’antan. Les nuages pour l’heure ne semblaient pas vouloir dépasser les lignes de crêtes du Luchonnais voisin. Les hauteurs de neige bouchaient parfois la vue depuis les fenêtres du refuge et offraient une épaisseur du manteau nival qui laissait espérer une belle et longue descente sans encombre au milieu des pins à crochets pour le bas du versant. G. m’avait proposé d’aller plutôt au pic de la Maladeta qu’au pic d’Aneto car il aime cette montagne moins fréquentée probablement parce qu’elle n’est pas le point culminant et que la partie finale de son ascension n’est pas aussi aisée (tout est relatif) que son homologue plus élevée. Il faudra en effet laisser les skis au pied de la paroi finale sur le glacier de la Maladeta non loin de la rimaye enneigée et couverte pour enchaîner à l’aide des crampons et du piolet sur la dernière étape qui par un couloir quelque peu oblique et raide, et probablement très désagréablement praticable l’été aboutit sur la ligne de crête. Celle-ci, facile, mènera finalement au sommet rejoignant l’itinéraire de la voie normale qui arrive sur la partie finale plus douce et large et le sommet. En été, pour citer Luis Alejos Pyrénées, guide des 3000m, « En évitant les crevasses lors de la remontée de la pente de neige ou de glace (sur le glacier), on rencontre au pied de la paroi une rimaye qui s’avère généralement problématique », on comprendra donc que ce passage et délicat. Lorsque nous prenons pied sur la crête, le panorama se dégage et permet d’avoir une vue sur l’immense lac de Cregueña, en ce jour bien gelé et couvert de neige, 600 mètres plus bas.

Depuis le sommet, avant que cela ne se couvre, nous aurons l’occasion d’apercevoir le pic d’Aneto ainsi que l’enchaînement des pic Corona, pico del Medio, Pointe d’Astorg et pico Maldito. En redescendant à reculons le dit-couloir, le vent violent a exacerbé notre concentration, avant d’entreprendre la grande descente avec une vue générale quasi permanente sur l’ensemble du grand versant et le sentiment constant que cette aventure me paraissait magnifique. Du versant et de sa large descente de neige se dégageait, malgré les cuisses et les mollets en feu (un de mes crampons m’a lâché au début de la descente et donc il ne fallait pas se rater), une sensation jubilatoire de celui qui parcourt des grands espaces. Alors même nous ne conseillerons à personne ce trajet car ce texte n’est pas un guide mais le récit d’une expérience,

Photo 1 : Au centre le pic de la Maladeta (3308m)
Photo 2 : Au petit matin depuis le refuge.

Nous sommes donc repassés devant ce refuge emblématique dont le site accueillait un abri en pierre sèche qui a reçu le 18 juillet 1842 les membres de la première expédition victorieuse au pic d’Aneto composée de Platon de Tchihatchef, officier russe en villégiature à Luchon, et de son guide Pierre Sanio et des guides Bernard Arrazau et Pierre Redonnet ainsi que du botaniste normand Albert de Franqueville et de son guide Jean Sors. Le premier refuge est inauguré en 1916 à l’initiative du pyrénéiste catalan Juli Soler i Santalo et dont le premier gardien fut Antonio Abadias. La guerre civile viendra interrompre l’activité et le refuge ne ré-ouvrira qu’en 1951, restauré et agrandi. La descente s’est poursuivie tranquillement par le fond de la vallée au rythme des encouragements de la compétition de ski de fond de jeunes féminines pour passer à nouveau devant le mémorable Hospital de Benasque aujourd’hui agrandi et transformé en hôtel avec sa fameuse bibliothèque mais qui lui aussi avait été fermé après la guerre civile car il fallait surveiller la frontière toute proche avec la France. Fondé par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem comme de nombreux autres dans les Pyrénées (comme celui de L’Hospitalet près l’Andorre), il a été plusieurs fois détruit par les avalanches et puis reconstruit.

Photo 3 : Avant le dernier tronçon…

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