Asie

Au sommet des Monts Gurvan Saikhan, dans le désert de Gobi mongol, le Dund Saikhany Nuruu la « beauté du milieu » à 2825m…

Le Dund Saikhany à 2825m d’altitude est le point culminant du chaînon central des Gurvan Saikhan dans le désert de Gobi mongol. Sa traduction littérale veut dire beauté du milieu pour Dund Saikhany et Nuruu chaîne de montagne. Ce qui fait notamment l’attrait pour cette montagne est qu’elle permet un magnifique panorama sur le versant sud qu’elle domine de manière assez proéminente avec les vastes étendues qui descendent en pente douce vers un horizon incertain car il semble infini et qu’en même temps, on devine au loin en direction de la Chine de grandes dunes de sable. Cette montagne est visible d’assez loin depuis la route venant de Bayandalaï et allant à Dalanzadgad au sud du pays. Comme beaucoup d’autres montagnes en Mongolie, c’est un sommet sacré mais dont l’ascension est autorisée, aux femmes même, ce qui n’est pas le cas de toutes… On pourra néanmoins adopter une attitude respectueuse une fois arrivé à l’ovoo sommital, sorte de cairn ou talus de pierres sacré utilisé dans le chamanisme et la culture traditionnelle mongole qui sert de lieu d’offrandes et de communication avec les divinités de la nature. On y déposera alors une pierre et on en fera 3 fois le tour dans le sens des aiguilles d’une montre comme le veut la coutume.

Photo 1 : Nous avons laissé la voiture il y a un gros quart d’heure et nous prenons une direction nord ouest directement… Les trois sommets de gauche correspondent dans l’ordre au pic de l’ouest puis pic du milieu et enfin pic de l’est. Avec une paire de jumelles, on peut clairement identifier sur place les différents sommets avec leur ovoo sommital.

Je voulais venir ici à la suite d’un séjour fait il y a deux ans dans la région. L’arrivée à Dalandzagad, 540 kilomètres depuis Oulan Bator, à l’époque avec la chaîne de montagne (la beauté de l’est) en arrière plan puis les quelques incursions depuis Bulgan dans la chaîne de montagne centrale (la beauté du milieu) et dans les gorges de Yolyn Am, m’avaient donné envie d’approfondir la visite de ces montagnes sèches et sombres mais au final assez douces. On nous les avait alors aussi présentées dans toute leur dimension naturelle, sauvage et notamment une faune riche composée de mouflons, d’ibex, de rapaces en tout genre (gypaètes barbus, aigles, vautours…), du loup, du lynx et de l’énigmatique et invisible panthère des neiges. À cela, il fallait ajouter les yourtes disséminées au débouché de quelques vallées, près des sources d’eau, des lits de rivière asséchés (sayrs) et on avait tous les éléments pour y penser de manière incandescente pendant le temps d’envisager et préparer le voyage dans ce beau pays qu’est la Mongolie.

Je ne donnerai pas l’itinéraire exact pour gravir le sommet, certains sites anglo-saxons le font. La principale difficulté réside dans le fait de se rendre au pied du massif par le versant sud en prenant l’embranchement d’un réseau de pistes sur la route entre Bayandalaï et Dalandzagad à peu près à mi chemin entre les deux (43.571763 nord, 103.858733 est, pour les coordonnées gps présentées au format décimale). Après, je vous laisse chercher l’itinéraire à travers le réseau de pistes bien visibles sur google maps version satellite. Je place cependant à la fin du texte une capture d’écran d’une ancienne carte de l’époque soviétique (donc les informations ne sont pas du tout actualisées…). Pour utiliser le réseau de pistes et se rendre au camp de nomades le plus proche des grands versants, il faudra nécessairement un véhicule 4×4. L’idéal est atteindre la proximité de deux petits sommets qui ressemblent de loin à deux petits volcans. De là, la pente remonte une sorte de plateaux qui descend en pente douce du versant final proéminent. C’est en fait un immense cône de déjection qui fait la liaison entre les roches des sommets et le sable ou la rocaille des déserts environnants.

Il s’agit alors une fois arrivé au pied de la montagne de prendre la bonne vallée qui va vous mener sur la ligne de crête axiale pour aboutir aux 3 sommets qui constituent l’ensemble du Dund Saikhany (occidental, milieu, oriental). Au pied de la bonne vallée, on trouvera un reste de parc de contention qui sert à garder les bêtes la nuit. Nous ne serons pas allés au sommet occidental car le temps en ce 9 août s’est brutalement couvert de nuages abaissant la visibilité. En l’absence de sentiers (il y a quelques sentes d’animaux), donc de balises, et de présence humaine proche (même si nos guides nous attendaient à la voiture près du dernier camp de yourte), et même si l’ascension ne propose aucune difficulté technique, j’ai préféré redescendre en toute prudence. Les orages y sont éphémères et violents comme on a pu le constater quelques heures plus tard à notre campement près de l’entrée de la route pour Yolin Am. Pour ceux qui connaissent les Pyrénées orientales, j’ai trouvé qu’il y avait quelques airs… En tout cas, depuis la voiture, laissée vers 2250 mètres d’altitude, moins de quatre heures de marche nous ont été nécessaires pour aller et revenir.

Photo 2 : Le parc de contention est là devant nous et la vallée de droite peut être empruntée pour arriver sur la crête axiale. Nous l’avons prise à la descente tandis que celle de gauche plus courte a été empruntée à la montée. Par des lignes de crêtes très peu engagées nous avons rejoint l’itinéraire commun vers le sommet.

Voilà, cela reste un peu énigmatique comme présentation. Mais j’ai apprécié aussi de préparer l’itinéraire et de me retrouver dans un endroit sauvage même si sous le sommet, on a pu observer un troupeau de chevaux sur le versant sud et sur le versant nord un troupeau de yacks qui remontait la pente paisiblement en quête d’herbes tendres. Sur ces hauteurs, les températures étaient agréables, l’herbe présente et le versant nord nous proposait un versant beaucoup moins proéminent avec des vallées qui accusaient une longueur plus conséquente dans un dédale de vallées plus complexes. Mais à cause du manque de soleil en ce jour, les photos ne seront pas des plus belles. La végétation d’altitude se compose de genévrier rampant très prisé par les populations locales car il sert pour faire l’encens de purification dans les temples ou yourtes (le mot mongol pour yourte qui est russe est ger) et dans les pelouses d’altitude, on peut trouver l’aster de Sibérie, la menthe sibérienne notamment alors que le souslik à queue longue pourra croiser notre chemin.

Le parcours était jalonné en revanche de plusieurs carcasses d’animaux qui semblaient être des ibex, comme des bouquetins de Mongolie, et dont les mâles qui portent de longues cornes sabrées, aplaties et noduleuses sont assez imposants car ils peuvent peser jusqu’à 130 kilogrammes. Nous aurions bien aimé ramener quelques cornes… En tout cas, à partir de ce moment-là, je n’ai pu m’empêcher de penser au film de Vincent Munier La Panthère des neiges, et sur le fait incroyable que lors de son premier voyage (au Tibet), il s’était aperçu à posteriori qu’il avait pris en photo une panthère sans s’en rendre compte, panthère qui visiblement le surveillait… Alors devant le nombre certain de cadavres, et le fait que la région est un de ses derniers refuges, je n’ai pas pu m’empêcher de rester éveillé mais peu serein face à l’éventualité d’une rencontre avec ce gros matou… D’autant plus, que notre formidable chauffeur originaire de ces montagnes, nous a raconté les histoires de rencontres de la bête avec les nomades et les histoires de sa grand mère tout en nous montrant au passage d’une piste, plus loin dans la chaîne, l’endroit où lui l’avait vue…

Photo 3 : En cheminant sur la ligne de crête entre le pic de l’est et le pic du milieu, regards sur le versant nord…

Les Monts Gurvan Saikhan Nuruu sont un massif montagneux de la province d’Omnogôvî et marquent la limite nord du désert de Gobi. La chaîne des 3 beautés constitue le coeur du parc naturel de Gobi Gurvansaikhan, plus grande zone protégée de Mongolie créée en 1993. Du fait de son altitude, un microclimat plus frais et plus humide la caractérise. Il ne faudrait pour autant ne pas croire que les humains sont absents de la zone comme le montrent les splendides gravures rupestres du site de Khavtsgait au sud de Bulgan qui sont exposées à l’air libre sur des blocs de grès noircis et polis par le temps et le soleil sur une crête montagneuse du versant nord ce qui les fait ressortir car elles sont claires. On y retrouvera des représentations notamment de la faune sauvage (ibex…), des scènes de la vie pastorale ou des rituels de la vie communautaire des humains.

Photo 4 : capture d’écran. Entouré de rouge le sommet, les deux cercles jaunes sont les deux petits pics de repères non loin de la zone où on laissera la voiture et la côte 2252m d’altitude est le point proche où on laisse la route goudronnée d’aujourd’hui pour prendre le réseau de pistes. Donc chacun devra prendre ses responsabilités en faisant ses propres recherches concernant son itinéraire. Ceci n’est pas un guide encore moins un topo-guide mais le récit d’une expérience.

« De loin les flans gris-violacés de la montagnes ( un peu couleur côtes noires de la Haute Marne) m’ont fait croire que l’ascension aurait lieu dans un environnement très minéral : le départ dans la plaine offrait des herbes de pâturages sans fleurs mais fortement animé par des rongeurs ( chiens des prairies et autres). Peu à peu l’odeur enivrante des genévriers et des armoises (appelées Agi en mongol) s’est faite sentir. Au fil de la montée dans les éboulis volcaniques, des pointes de couleurs ont cependant égayé le chemin: le jaune des Scorzoneras, le violet de lamiacées qu’un gros bourdon butinait, le mauve et orange étoilée des asters Heteropappus altaicus, le bleu roi des gentianes… et pour sublimer l’arrivée sur les crêtes, le blanc des majestueuses édelweiss qui sont cependant restées discrètes contrairement aux grandes étendues vues quelques jours précédemment plus au nord vers le beau monastère d’Amarbayasgalant. Du sommet, on découvre un troupeau de yacks sur le versant nord et encore des chevaux un peu plus bas au sud. Le chant des traquets du désert a bercé la randonnée : très vifs, je n’ai pas réussi à capturer leur élégante silhouette mais l’un d’eux m’a fait cadeau d’une plume de sa queue noire et blanche si caractéristique. Ces montagnes sont loin d’être désertes, petits et grands êtres vivants y trouvent leur place … quelques cadavres d’ibex et d’argalis me laissent même penser que la panthère des neiges pourrait s’y plaire. » (C.)

Photo 5 : Les edelweiss.
Photo 6 : Les restes d’un argali
Photo 7: Au fond, les deux petits sommets, entourés en jaune sur la carte, près desquels la voiture nous attendait!
Photo 8 : Depuis le sommet de l’est, vue sur le pic du Milieu et son ovoo. Au fond, à gauche, le pic de l’ouest.
Photo 9 : Depuis le sommet principal et son ovoo, vue sur le sommet de l’est et de notre itinéraire. (Photos de C. et de moi)

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