Asie

Au coeur de l’orage et du monastère de Tövkhön au sommet de la montagne sacrée de Shireet Ulaan à 2312m … (Mongolie centrale)

Nous sommes montés la fleur au fusil avec un temps plutôt ensoleillé dès le départ et puis au fur et à mesure que nous progressions dans la forêt de conifères sur le large chemin emprunté par de nombreux visiteurs depuis le parking au dessus du camp de Bayasgalan, le temps s’est chargé. Il n’y a pas de route goudronnée pour arriver jusqu’ici, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Karakorum, et à tous les moments, même s’il y a une certaine affluence, lorsqu’on vient d’Europe, on peut se sentir loin de tout. Effectivement, depuis le sommet, comme le montrent quelques photos ci-dessous, le panorama nous porte au loin, assez loin tout de même, entre les forêts sombres et les collines verdoyantes peuplées des troupeaux des éleveurs. On pourra facilement imaginer que l’arrière saison et surtout l’hiver sont rigoureux et que si le nombre de visiteurs était important en ce jour, sans être trop cependant, il sera réduit quasi à néant avec les premiers froids.

Ce qui a été particulier également en ce premier août précisément, c’est que l’orage menaçant qui nous a accompagné sur une bonne partie de l’itinéraire aller a fini par mettre ses menaces à exécution et nous a obligé à nous réfugier à l’intérieur même du temple, le temps que cela cesse. L’ambiance fut ainsi des plus intimistes, d’autant plus que dès les premiers signes d’accalmie de nombreux visiteurs, pas toujours des mieux équipés, ont commencé à filer nous laissant quasiment seuls avec le moine présent. Notre formidable guide avait déjà bien sûr commencé à dialoguer avec lui et à lui poser aussi nos questions, ce qui nous a permis de vivre ce moment comme un moment d’échange particulier. Il n’y a que deux moines en permanence ici et encore le second quittera les lieux avant l’hiver, laissant l’autre avec sa méditation et ses réserves, même s’il est ravitaillé régulièrement.

L’ensemble modeste du monastère se compose de plusieurs bâtiments en bois, et petites grottes sacrées. Le plus anciens de ces bâtiments a été construit au 17ème siècle (1654) par un des personnages importants de l’histoire moderne de la Mongolie, Zanabazar. Maître spirituel, artiste et diplomate, il est à l’origine du renouveau de la culture mongole au 17ème siècle. « Moine bouddhiste, grand artiste et érudit aux multiples talents, Zanabazar (1635-1723) a endossé, pour la première fois dans l’histoire de la Mongolie, la double fonction de chef spirituel et de chef politique du pays. » (d’après Anne Fort, conservatrice en chef du patrimoine et responsable des collections vietnamiennes du musée Cernuschi)

« Il unifia les différentes traditions bouddhistes de Mongolie sous la désormais prédominante École des Bonnets jaunes et contribua à l’entente politique des différentes tribus sous le sceau de la foi bouddhiste dont il était le maître spirituel incontesté. Cependant, ses efforts diplomatiques ne purent empêcher la guerre entre les tribus khalkha et oïrat, entraînant l’intervention de la dynastie Qing (dynastie Mandchoue de l’empire chinois) qui s’assura finalement la soumission politique des Mongols. » (https://amis-musee-cernuschi.org/zanabazar-maitre-spirituel-artiste-et-diplomate-a-lorigine-du-renouveau-de-la-culture-mongole-au-17eme-siecle/) Pour toutes ces raisons, et au titre du paysage culturel de la vallée de l’Orkhon, le site est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Comme de très nombreux temples bouddhistes en Mongolie, il a subi dans les années 30 alors que le régime communiste mongol a essayé d’éradiquer le bouddhisme, d’importants dommages, avant de reprendre vie à partir de 1992.

Photo 1 : le temple principal à gauche au pied de la falaise.

Photo 2: Le point de départ de l’itinéraire. Nous avons dormi au camp de yourtes en contre bas. La piste que l’on peut voir à gauche sur la photo permet d’accéder au parking final, véritable point de départ, sur le versant sud.

Photo 3: L’immensité du panorama depuis le sommet… D’une manière générale, il m’a semblé que les forêts étaient davantage sur les versants nord.

Photo 4 : L’immensité des panoramas, versant nord…

Photo 5: Le sommet auquel on accède par un sentier un poil escarpé, et glissant par temps de pluie.

Photo 6: Quelques mélèzes qui se détachent de la forêt. Un des éléments enchanteurs du paysage mongol…

Photo 7 : Après l’orage… La piste nous amenant au parking. Cliché pris à la descente…

Photo 8: Nous étions à l’intérieur pendant que l’orage se déchaînait… (Photos de C. et moi)

Après cet épisode réellement enchanteur, nous avons poursuivi notre descente à pied jusqu’au camp de yourtes où nous logions. Nous nous sommes détachés alors de la forêt pour arpenter les espaces pastoraux accolés et parsemés de mélèzes, ce qui dégage une harmonie réelle qui n’a eu de cesse de nous plaire pendant le séjour. Laissant nos formidables chauffeurs et guides, et accompagnés d’un gentil toutou, de taille non négligeable, qui s’est joint à nous, venant de je ne sais où, nous avons alors entamé la descente à travers les prés, l’horizon lointain devant. Et, et c’est presque une règle, une multitude de chiens de prairies traversaient et retraversaient, la queue en l’air devant nous, et autour de nous… égayant le paysage comme s’ils avaient un rendez-vous des plus pressés, ne se souciant que peu des autres. Le chien qui nous tenait toujours compagnie, à partir du moment où je l’ai caressé n’a eu de cesse d’en redemander… Nous étions vraiment détendus. Soudainement, « notre » chien s’est alors séparé de nous et s’est mis à ramper, à l’affut, pour finalement engager brusquement la course derrière un de ces malheureux chiens de prairies, qui tout en zigzagant, ou bien justement parce qu’il zigzaguait, n’a pas réussi à se détacher de son poursuivant qui a eu tôt fait de le rattraper pour le choper dans sa gueule plusieurs fois avant de finir par l’avaler tout cru, assez brutalement. Enfin on suppose car on n’a pas eu le courage de regarder la scène jusqu’au bout mais visiblement notre chien est revenu vers nous franchement l’air satisfait et en quête de nouvelles caresses! Nous accompagnant ensuite jusqu’à la yourte, avant de se faire expulser manu militari par un molosse hirsute encore plus gros sorti de je ne sais où en tout cas d’en haut du camp…

« Le camp est composé d’une trentaine de yourtes dont les portes colorées sont décorées pour certaines du symbole des noeuds sans fin, motif omniprésent dans les villages. 

Et c’est vrai que la continuité de la vie est bien là, avec les différentes générations qui vivent dans ce camp qui était particulièrement animé par de nombreux enfants qui riaient sur les balançoires tandis que les adolescents jouaient aux basket ou encore aux raquettes. De jeunes garçons s’entraînaient aux courses de chevaux et lorsque les plus anciens sont rentrés, après s’être occupés du troupeau, ils se sont joints à eux. Cette complicité était touchante dans ce cadre magnifique d’autant plus que les jeux ont duré  jusqu’à la tombée de la nuit offrant ainsi un coucher de soleil joyeusement vivant . Des soirées comme on en rêve, pour les jeunes et les moins jeunes, loin des écrans… » (C.)

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