La course sur les crêtes de la soulane d’Andorre passant par le pic de la Cabanette (2847m d’après l’IGN) est longue et sérieuse pour un randonneur au départ de L’Hospitalet près l’Andorre (1440m), même s’il n’y a pas de difficulté technique. Avant d’arriver au sommet, il faudra environ 4 heures d’effort, en remontant tout d’abord la vallée du Sisca jusqu’à peu avant le premier barrage vers 1960m au moment où l’on bifurque vers le sud pour rejoindre le Coll dels Clots (2169m). L’embranchement est signalé par un simple cairn. À partir du col, il s’agit de remonter la ligne de crête jusqu’au sommet. Au delà du vaste panorama qui court du Puigmal aux principaux sommets andorrans et le massif du Montcalm et le Mont Valier au loin, l’intérêt de l’itinéraire du jour est de poursuivre vers la vallée andorrane d’Inclès en passant par les étangs de Siscaro, dont la limpidité de l’eau suffit à vous motiver. Ce que j’apprécie est de passer d’un versant français plus verdoyant vers un versant sud méditerranéen plus sec, dont l’eau des lacs contraste clairement avec les couleurs chaudes de la végétation. En ce mois de septembre, post caniculaire, on sent bien que la végétation a souffert et on en voit les stigmates. Je n’avais jamais vu les pieds de gispet aussi secs, jaunes voire oranges clairs. Avant l’arrivée au premier lac andorran, l’estany (étang) de Les Canals Roges qui se situe vers 2415 mètres d’altitude, l’ambiance est sèche en ce samedi 12 septembre, puis on arrive à une source alimentant un ruisseau qui va apporter une touche de vert bienvenue, alors que les marmottes défilent à tout va.

Cette montagne est attachante aussi parce que son versant qui donne sur la vallée de l’Ariège héberge quelques petits lacs cachés, attachants que l’on découvre depuis la crête sur un versant sud presque débonnaire qui accueille les troupeaux, tandis que le versant nord donnant sur la vallée du Sisca est plus rude. Du pic de la Cabanette, on pourra observer tous les petits lacs également qui peuplent la partie supérieure de la vallée du Sisca, comme l’étang de Regalécio. On redescendra à vue après vers le sud-ouest pour rejoindre les deux lacs andorrans du Siscaro. Au final, on se retrouve sur cette montagne à un carrefour climatique et c’est cela qui est intéressant. Sur le versant andorran, lorsqu’on aura dépassé les deux lacs, on entre dans la forêt de pins à crochet mais aussi dans une zone beaucoup plus fréquentée avec les désagrément qui vont avec. Et c’est vrai qu’on n’a pas senti être les bienvenus au refuge du Siscaro squatté par une troupe de jeunes qui s’était ostensiblement étalée… Lorsqu’on passe derrière le bâtiment, c’est alors les restes d’une multitude de papiers toilettes et d’excréments humains, franchement dégueulasses qui nous accueillent. Une fois de plus, on devrait conseiller la lecture du best-seller Comment chier dans les bois : pour une approche environnementale d’un art perdu de l’américaine Kathleen Meyer, une manière sérieuse et avec humour de parler de la gestion d’un besoin naturel. D’une manière générale, se pose ici, même si je trouve que les Andorrans s’en sortent plutôt bien, la gestion des espaces protégés, qui au final, de par leur label de protection, attirent les foules qu’il faut ensuite gérer. À l’entrée du sentier côté andorran, on trouvera bien une pancarte interdisant également à nos amis les chiens de déféquer là, sous peine d’une amende pour leur propriétaire… On trouvera aussi toujours quelqu’un pour vous demander du haut de leur itinéraire (sans courbe de niveau) sur le portable où ce chemin là en pointillé est concrètement situé.



Au final, à l’arrivée sur le parking, plutôt que de faire du stop pour descendre à l’arrêt de bus sur la route nationale, bus qui nous a ramené au Pas de la Casa (ligne 4), nous avons continué tranquillement à pied sur la route goudronnée de 2,5 kilomètres environ. La vallée d’Incles est protégée et de nombreuses mesures restrictives sont présentes. Ici convergent de nombreux itinéraires ancestraux qu’utilisaient les éleveurs et leurs troupeaux ainsi que les traffics de contrebande diverse qui au final n’ont jamais cessé.


« Alors que je profitais de la vue au sommet, j’ai aperçu une drôle de sauterelle à côté de mon pique nique: bizarre, elle ne possède pas d’ailes et elle semble nue comme un vers du fait que l’on voit son abdomen vert rayé. Je me demande alors s’il s’agit d’une malformation ou d’un insecte mal en point… après recherche, il s’avère qu’il s’agit du criquet endémique des Pyrénées, la Miramelle pyrénéenne (Cophopodisma pyrenaea), qui est un insecte aptère vivant entre 2000 et 2800m. Il est vrai que j’espérais rencontrer des isards mais la découverte de cette espèce m’a en fait tout autant comblée. » (C.)

Voilà, ce n’est pas la première fois que je parcours ces crêtes et vous trouverez dans ce blog, quelques posts qui déclinent cette montagne de la Soulane d’Andorre et de sa riche histoire. Mais on trouvera à chaque sortie une originalité comme ici la fameuse Miramelle…
