Il s’agissait d’une vraie ballade en montagne malgré le monde, malgré l’hyper spécialisation du site en quasi parc d’attraction. Il reste malgré tout que depuis le bas du versant au village de Mutianyu (vers 320 mètres), à 70 kilomètres au nord de Pékin, jusqu’au point le plus haut de la muraille qui est autorisé à la visite et qui se situe à 650 mètres d’altitude, une petite heure de montée par un escalier qui gravit un versant boisé raide est nécessaire. Que lorsqu’on est sur la ligne de crête sur laquelle elle a été construite d’abord au milieu du Vè siècle puis dans sa forme plus ou moins actuelle au 16è siècle, le cheminement prend des allures de montagnes russes et on a tôt fait d’atteindre un dénivelé cumulé plus conséquent et des heures de marche. Si à cela on ajoute un climat chaud et humide, on arrive également à des efforts importants. On pouvait toujours aussi prendre un télésiège ou un téléphérique qui vous transporte là haut facilement… Au final, en ce 22 juillet, nous avons marché plusieurs heures et fini rincés à cause de l’humidité ambiante.

Voilà, une fois arrivés là-haut, l’impression évidente de se retrouver en montagne est confortée en ce jour brumeux par le panache de nuages qui s’effiloche le long des versants accidentés des massifs. On peut aussi essayer de suivre le tracé de cette formidable construction humaine le long des crêtes environnantes et se rendre compte rapidement du défi que cette construction a pu représenter, d’autant plus que sur les cartes, on peut constater que les constructions sont arrivées à des altitudes bien supérieures à mille mètres. Au delà des zones restaurées pour l’exploitation touristique, on arrive sur des secteurs nettement plus accidentés. Pour se rendre compte de la fantastique ingéniosité et volonté des chinois, on peut lire les péripéties de deux français qui ont parcouru une portion sauvage et abandonnée de la muraille. C’est assez spectaculaire et dangereux!

Il reste que forcément la montagne était un élément important dans le processus de mise en défense du territoire chinois. D’une part, depuis les hauteurs, cela permet de voir très loin. Les soldats allumaient des feux de haut en bas des montagnes pour pouvoir alerter rapidement. Enfin, le relief était un élément pris en compte car parfois la muraille s’arrêtait au profit d’une falaise. À Muntianyu, effectivement, la muraille haute de 7 à 8 mètres, large de 4 et construite en granit, offre quelques caractéristiques uniques comme les parapets intérieurs et extérieurs sont crénelés, ce qui permet de tirer sur les ennemies dans les deux sens, le grand nombre de miradors (22 sur 2250m). Enfin, la passe de Muntianyu est composée d’un triple mirador (un grand au centre et deux plus petits de chaque côté). Bien sûr, il existe d’autres sections plus sauvages, plus propices à la marche solitaire qui donnent clairement envie de revenir voir et parcourir ce chef d’oeuvre.

En 1984, l’explorateur chinois Dong Yao-hui et deux de ses compagnons ont été les premiers à réaliser l’exploit de marcher sur la totalité du parcours de la grande muraille, marchant pendant 17 mois et couvrant plus de 8 800 kilomètres
« C’était étonnant de penser aux vaillants soldats qui il y a un plus d’un millénaire devaient monter ces escaliers interminables pour arpenter la muraille avec leur armure – sans même parler des combats – tandis que nous suions dans nos short et baskets en faisant la visite du fait de la chaleur humide. Comme ils étaient courageux ! Pour adoucir le moment nous avions de magnifiques point de vue et la douce musique de Lin Hai aux sonorités proche de la musique ouzbek de Sato. » (C.)

