Asie

Le Tsetsee Gun (2268m), en traversée, du monastère de Manzushir Khiid à Oulan Bator en Mongolie.

Situé directement au sud de la capitale mongole, le Tsetsee Gun (2268m) est le point culminant du massif sacré du Bogd Khan Uul (le mot mongol uul signifie montagne en français et Bogd saint, ce qui signifie littéralement la montagne du saint khan). C’est aussi une des zones protégées les plus anciennes du monde (depuis 1783). Ainsi l’itinéraire traverse une vaste zone forestière, d’ailleurs à part à l’approche du sommet, le sentier est quasiment entièrement en zone forestière, ce qui est assez loin de l’image que l’on a de la Mongolie (8% de la superficie du pays est en forêt). Et, comme pour toutes les montagnes sacrées, un ovoo en marque le sommet. Un ovoo est un cairn ou talus de pierre sacré utilisé dans le chamanisme et la culture traditionnelle en Mongolie. Ce massif permet une intéressante traversée d’environ 25 km du sud vers le nord, en large partie donc sous couvert forestier, à l’ombre. Ce sens parait être le plus pertinent car il est assez facile de prendre un taxi depuis le centre de la capitale jusqu’à l’entrée sud du parc près de la ville de Zuunmod (120000 tugriks, c’est ce que nous avons payé), ce qui est plus compliqué en sens inverse. Et l’arrivée de l’itinéraire se fait aux portes d’Oulan Bator près du Marshall’s bridge. Le sentier est balisé en jaune ou rouge pour la partie qui gravit le sommet depuis le sud et en bleu pour la partie descendante. Même si cela n’engage que moi de dire de cela, il est assez difficile de se perdre dans la première partie tant il s’agit d’un sentier fréquenté, large car emprunté et pourvu de nombreux équipements comme des bancs. Dans la deuxième partie, les balises sont bleues et franchement nombreuses. Seule une partie nous a paru un peu délicate pour s’y retrouver, en l’occurence depuis le sommet quand il s’agit de rejoindre l’itinéraire de la descente à travers le dédale des rochers près du sommet mais cela ne dure que quelques centaines de mètres. La fin de l’itinéraire à la sortie de la forêt alors que le sentier suit clairement la ligne de crête n’est plus balisé. Mais le cheminement est clair. Depuis le parking du monastère pour atteindre le sommet, le parcours est long d’environ 8,5 km ce qui se fait en 2 heures et demi environ tandis que la partie de la descente, beaucoup plus longue, nécessitera au moins 4 heures et une heure de plus pour rentrer à votre logement en ville… Mais on trouvera son compte car en ce jour nous n’avons pas rencontré grand monde en ce mercredi 12 août et la vue sur la capitale, même polluée, depuis le sommet reste une belle récompense. Pour quelqu’un qui est habitué à marcher en montagne, cet itinéraire ne lui proposera pas de réelles difficultés. Les pentes ne sont pas raides (à part peut-être dans la descente à l’ultime arrivée et encore…). Il faudra cependant escalader les derniers amas rocheux par quelques pas de petite escalade de ceux qui constituent réellement le sommet et qui semblent déposés sur un vaste plateau débonnaire. Dans quelques endroits, il faudra traverser quelques petites zones marécageuses mais vraiment il s’agit là de se trouver quelques difficultés.

Photo 1 : On distingue les trois petits sommets qui constituent le sommet général du TseTsee Gun.
Photo 2 : À deux pas du sommet, en se retournant vue sur le plateau déboisé d’où l’on vient et où on a débouché en venant du sud, en arrière plan sur la photo.
Photo 3 : Voilà… on y est…

Normalement il faut payer (3000 tugriks ce qui reste modique)pour pouvoir accéder à cette zone, mais si vous arrivez tôt, les postes de contrôle aux entrées seront probablement fermés. Il faudra ajouter ensuite la visite du monastère bouddhique de Manzhushir qu’il est intéressant de visiter au fond de la vallée avant d’attaquer la montée. Ce monastère, fondé en 1733, a été détruit comme beaucoup d’autres en Mongolie par le régime communiste dans les années 1930. Au moment du retour de la démocratie, un petit temple a été restauré mais les 20 temples et les 300 moines d’antan font partie de l’histoire. Le site est beau car il se trouve dégagé de la forêt, néanmoins toute proche, entouré de prairies dans lesquelles de nombreuses marmottes plutôt amicales se promènent ou prennent le soleil, avec une vue sur la partie aval de la vallée. Un des grands plaisirs en Mongolie, que l’on retrouvera ici également reste de voir le ciel toujours visité par des grands rapaces. De nombreux écureuils roux de Sibérie ainsi que des tamias de Sibérie, reconnaissables aux cinq rayures sombres de leur dos, croiseront votre chemin.

Photo 4 : Vue générale en arrivant au monastère de Manzhushir.
Photo 5 : En se retournant alors… au fond dans la vallée, la route qui nous mène depuis Zuunmod.

Notre montagne fait partie d’une liste indicative des montagnes sacrées de Mongolie inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, comme six autres d’ailleurs. Le parc était réputé pour y être protégé par des lamas (moine du bouddhisme tibétain) qui battaient presque à mort à l’aide de gourdins les braconniers et les emprisonnaient dans des cellules en forme de cercueil.

« La conservation de la nature remonte aux XIIe et XIIIe siècles, lorsque Tooril Khan de l’Aïmag de Khereid désigna Bogd Khan comme une montagne sacrée et interdit l’exploitation forestière et la chasse. »

« Elle fut officiellement sanctifiée et placée sous protection en 1778 à l’initiative du roi et ministre Khuree Yundendorj, qui résidait au pied du mont Bogd Khan, sur les rives de la rivière Khatan Tuul »(https://www.unesco.org/en/mab/boghd-khan-uul)

En fait j’ai aimé traverser cette montagne aussi parce que je trouve l’arrivée à Oulan Bator très belle. Je la trouve admirable, notamment à la fin de la journée depuis le belvédère du restaurant au sommet du State Department Store au coeur de la capitale et que de là on a l’impression (mais ce n’est pas qu’une impression)que les vallées bien vertes de ce massif montagneux débouchent directement dans la ville.

Photo 6 : En débutant la descente, vue sur la forêt de conifères qui a constitué le paysage principal et au fond Oulan Bator…
Photo 7 : À l’approche de la ville, le paysage sur la crête s’ouvre.

Photo 8 : Voilà, il n’y a plus qu’à descendre, traverser le pont et arriver au centre ville…

Dans l’article Réinventer les montagnes, Rencontre entre le sacré, le patrimoine et les pratiques touristiques en Mongolie contemporaine de Sarah Combredet et Caroline Desbiens publié dans la revue Géographie et culture (N°118, 2021), on apprend que « Huit cents sites sacrés ont été répertoriés en Mongolie. Parmi ces sites, deux cent quatre-vingts sont des montagnes sacrées vénérées selon la tradition bouddhique, c’est à dire qu’un texte sacré appelé sutra est associé à la déité tutélaire de la montagne. À partir du XVIè jusqu’au XVIIIè siècle, les esprits associés aux montagnes sacrées mongoles ont été standardisés par le bouddhisme à travers leur remplacement ou identification à une déité bouddhique, inscrivant ces lieux dans le paysage bouddhique élargi. les montagnes sacrées ont dès lors été utilisées pour perpétuer l’État et la religion. Depuis les années 1990, le patrimoine mongol sacré a de nouveau été restructuré. Cette renaissance du paysage sacré fait suite à la période socialiste (1921-1991), durant laquelle la religion et la vénération de sites sacrés furent officiellement interdites. Aujourd’hui, le paysage sacré mongol est à nouveau standardisé, délimité et redéfini aux sein des concepts de patrimoine naturel, culturel et immatériel. »

Photo 9 : Les 3 sommets du sommet! le chemin de la descente part vers la gauche car c’est indiqué sur une pancarte et après se perd momentanément dans les éboulis…
Photo 10 : On approche de l’arrivée, l’itinéraire n’est désormais plus balisé mais il suit globalement la crête que l’on voit à droite.

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