AriègePyrénées

Autour du pic de Cabanatous (2053m), entre canicule, Couserans et Vicdessos.

Il est des sommets, innombrables, qui sans être les plus hauts du massif, ni les plus spectaculaires par leur aspect sont des belvédères remarquables qui permettent d’embrasser un vaste panorama et d’avoir sur des sites d’intérêt une vue saisissante. Le pic de Cabanatous à 2053m en haut de la vallée d’Aulus les Bains dans le Couserans fait partie de cette belle liste. Son ascension est plutôt facile par le port de Saleix (1793m) depuis le parking de Coumebière (sur la route du col d’Agnes) à 1399m. On pourra au passage visiter le joli étang d’Alate (à 1868m) directement sous sa face nord puis par un sentier toujours balisé faire le tour du sommet, en revenant par le col de las fouzès (1944m) et le petit et étonnant étang de Labant (1567m) et ainsi faire une boucle d’un peu plus de quatre heures de marche (cela n’engage que moi). Ce dernier, d’une modeste superficie (0,5 hectare), est envahi par les nombreux herbiers qui révèlent son état de comblement important, avec une profondeur probablement inférieure à deux mètres. Les grosses libellules colorées qui divaguent sur ses berges et ses eaux, ainsi que la biche qui en cette fin de journée est venue traverser le déversoir au milieu des herbiers, en toute tranquillité, ont donné un charme certain à cet endroit. L’étang d’Alate est quant à lui plus grand avec deux hectares et son environnement granitique lui confère une ambiance minérale appréciable.

Photo 1 : Vue sur l’étang d’Alate (1868m) depuis le pic de Cabanatous. En arrière plan, le pic des 3 seigneurs.

Le début de l’itinéraire permet l’ascension facile du port de Saleix, en suivant le GR10 qui vous mènera vers le port Bassiès au-dessus des étangs du même nom dont la vue suffit au déplacement jusqu’ici. À partir de là, on suivra le sentier balisé (jaune) vers l’ouest jusqu’au col de las fouzès qu’on ne pourra rater avec son petit orri, capable d’accueillir une personne. Il sera alors facile dès le début de s’en écarter pour aller au sommet de Cabanatous, tout proche, et revenir à l’orri. On redescendra ensuite toujours plein ouest, toujours par le sentier balisé de jaune vers le deuxième étang, celui de Labant, passant à proximité d’une cabane, récente, dont je ne trouve mention nulle part, puis à flanc de montagne avant d’entrer dans la forêt.

Photo 2 : L’étang de Labant (1597m) depuis le pic de Cabanatous. En arrière-plan, le Mont Valier (à gauche), et devant la vallée d’Aulus les Bains. À droite, la route du col d’Agnes et le Mont Béas, espaces des bouquetins.

Le port de Saleix est une antique voie de passage entre le Couserans et le Vicdessos et les témoignages de l’activité humaine y sont nombreux, comme la cabane abandonnée sur le site du port. Le sentier pour y accéder est large avec de grands lacets qui donnent des pentes finalement assez douces, même si sa largeur se réduit avec l’altitude… L’activité pastorale est encore bien présente et avec les séries photographiques des Fonds Trutat, Eugène Trutat (1840/1910), photographe et premier directeur du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse, des témoignages du 19ème siècle sont multiples.

Photo 3 : Les étangs de Bassiès, avec l’étang majeur (1639m) depuis le pic de Cabanatous
Photo 4: le fond de la vallée de Bassiès avec la pique Rouge de Bassiès (2676m)

La vue évoquée sur le bassin lacustre de Bassiès est également un des intérêts de cet itinéraire. Si l’on enlève du paysage, la verrue que constitue le refuge, on peut admirer la succession des six lacs qui s’enchaînent et qui permet au bleu de se croiser avec le vert fluorescent dans une vallée suspendue. En ce jour de canicule, qui fait suite à un hiver particulièrement enneigé, le torrent du ruisseau de Bassiès qui descend bruyamment du cirque du fond de la vallée du pic rouge de Bassiès est gonflé de l’eau de la fonte des neiges encore présentes en quantité sur le versant nord de la pique rouge de Bassiès qui nous domine directement au sud. Celui-ci cache encore en son sein à des altitudes plus élevées toute une série de lacs glaciaires non visibles, les étangs des Lavants de l’Escale. Mais le panorama embrassera une large vision du Roc Blanc à l’est au pic des 3 seigneurs au nord et jusqu’au Caire à l’ouest en passant par le majestueux Mont Valier qui domine le secteur.

Photo 5 : Depuis Aulus les Bains, au fond et au centre le pic de Cabanatous. À gauche, le Mont Garias (2003m) et à droite Des Fouzes (2001m).

« En commençant l’ascension à 14h, en ce jour de canicule -27°C au départ du parking -j’avais imaginé randonner au milieu d’un paysage sec aux couleurs déjà aoûtiennes dorées mais j’ai rapidement réalisé que ce ne serait pas le cas car à peine avions nous parcourus quelques centaines de mètres que le rose pourpre des digitales se détachait à l’ombre d’un bosquet. Si la montée jusqu’au lac d’Alaté était égayée de fleurs plus communes -mais non moins appréciables- comme les trèfles des bois, des cirses ou encore le rhododendron au rose qui m’est si cher, nous avons pu contempler un peu plus tard des gentianes au bleu si lumineux, des œillets dont le dianthus superbus aux pétales découpés ou encore celui aux fleurs d’un fuchsia aveuglant. Entre le col de Las Fouzes et le lac de Labant le sentier était essentiellement bordé de genêts et de callune. Le vent s’est levé -l’orage grondait au loin- et le balancement des hautes herbes qui dessinaient des vagues moirées avec, en arrière-plan, la vallée éclairée par la lumière dorée du soir composait un cadre romantique. Pour parachever le tableau, une biche nous a accordé le privilège d’admirer sa gracieuse silhouette au déversoir du lac dans le coucher de soleil. La photo aurait été magnifique si nos téléphones avaient encore eu de la batterie, mais l’image imprimée dans ma mémoire n’en est que plus précieuse. » (C.)

Laisser un commentaire