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Las Espadas (3328m) et le pic des Pavots (3121m) depuis les granges de Viados dans le haut-Aragon, et retour par le pic Posets.

Cette longue ligne de crête, depuis le col d’Eriste (2862m) jusqu’au début de la descente depuis le pic Posets (3375m), est spectaculaire et engagée. Les versants sont immenses et raides de part et d’autres de la ligne de crête. Las Espadas veut dire en français les épées en référence à la crête étroite et exposée et le sommet principal est composé de deux sommets jumeaux (3328 et 3322m). Son ascension a été réalisée pour la première fois en 1906 par Margalide et Louis Le Bondidier. La première partie jusqu’au pic des Pavots est probablement la partie la plus technique et difficile sur des ressauts, rochers à contourner ou à escalader, avec des passages de III ou IV. Ce qui renforce l’impression de difficulté est la longueur des versants et les matériaux pas toujours très solides et stables. On se dit qu’il ne vaut mieux pas déraper ou prendre une pierre sur la tête, ce qui a failli nous arriver. Nous avions les casques et surtout j’étais encadré par un guide. Ainsi, même si sur cette course je n’en ai pas toujours mené large, car je me demandais toujours par où on allait passer, je dois bien reconnaître avoir été encore bluffé par le guide qui ne connaissait pas la voie, qui n’était jamais venu dans le massif, et qui pourtant, tranquillement, a cheminé de bloc en faille sans jamais s’affoler et surtout en me traînant jusque là haut… Le fait d’être encadré par un guide change le rapport à la montagne car on a tendance peut-être, la confiance en la personne aidant, à se laisser porter…

Photo 1: Depuis les granges de Viados, le 26/09/2026, vue sur le massif de l’Espadas. Les Posets sont à gauche dans le prolongement de la crête. Notre itinéraire empruntait la vallée qui remonte vers le col d’existe à droite et il est redescendu par la gauche. Dans l’ordre, on voit le pic Pavots (3125m) puis las Espadas (à peine) et enfin les Posets.

Depuis le port d’Eriste, après près de 3 heures de montée depuis le (simple mais très chouette) camping El Forcallo des granges de Viados (1550m), c’est ici donc que les difficultés commencent, mais c’est ici aussi qu’affluent les randonneurs qui ont dormi au refuge Angel Orus (ou d’Eriste) de l’autre côté et qui tenteront soit d’aller au pic de la Forqueta (3007m), sommet de plus de 3000 mètres accessible au sud, soit d’enchaîner comme nous la crête jusqu’au pic Posets, soit plus loin de rejoindre la voie normale du pic des Pavots. C’est là aussi qu’au détour d’un gendarme ou d’une cime un peu ardue sur la ligne de crête, « Oh des crottes d’isard! » me fait observer le guide. Je m’attends alors ou plutôt j’espèrerais en voir un… Et non, c’est un mec en short et en chaussure de Trail qui nous précède et dont on voit la tête, sans casque, qui apparait d’une ligne de roche. Il trépigne car il veut nous doubler, Alors on le laisse passer. Mais voila que juste devant nous il semble avoir du mal à trouver son chemin, s’accroche sur la paroi, essayant de s’agripper de toutes ses forces pour éviter de dégringoler. Ouf, il est passé et il nous fichera la paix… Auparavant, c’était un autre, toujours sans casque, qui cherchant son passage, a tourné en dessous de nous, sans forcément faire attention aux pierres. Et voilà, plus loin, après le sommet de las Espadas, nous rattrapons un groupe qui franchit le pas du funambule, étroit et aérien, entre las Espadas et la tuca de Llardaneta (3311m), pointe secondaire, avec peu d’équipement. Il se mettent alors tous à crier de joie certes, mais à crier quand même après avoir franchit la difficulté. Nous les retrouvons au pic Posets. De là haut, tout comme le long de la crête, le panorama est splendide et vient récompenser les efforts pour parcourir cette ligne de crête spectaculaire. On évitera de trop s’appesantir sur les nombreux kleenex souillés qui parsèment le prolongement du sommet vers le nord.

Photo 2: Depuis las Espadas, vue sur les Posets et entre les deux, le pas du funambule.

La position centrale sur la chaîne permet en effet d’identifier la plupart des grands massifs avec une vue particulièrement belle sur le pic Schrader (ou grand Bachimale) plus au nord. L’ibon de Milares et l’ibon de Lenes sont bien visibles et la vue sur celui de Llardaneta nous accompagne sur toute la première partie du parcours. Celui-ci à une altitude de 2650 mètres, d’une surface de presque 3 hectares et d’une profondeur d’environ 15 mètres ne possède pas de déversoir de surface, ce qui en fait une originalité, et ses eaux s’écoulent intégralement par un trou (un forau) par la rive sud et viennent alimenter plus bas les eaux du torrent de Llardaneta. Nous avons ensuite choisi de redescendre par le versant nord, un itinéraire beaucoup moins fréquenté, et franchement, nous en avions besoin, assez long jusqu’aux granges de Viados (Bordas de Biados en aragonais). La descente qui semble interminable avec presque 1800 mètres de dénivellation permet au passage d’admirer les restes du glacier de Llardana, qui s’accroche encore désespérément aux parois du cirque glaciaire formé sous Las Espadas, dans un cadre majestueux et encore sauvage. Après une longue descente donc, nous arrivons au site enchanteur des granges de Viados, qui est pour moi un des sites les plus remarquables des Pyrénées, avec ce paysage qui englobe à la fois le massif des Posets/Espadas que nous venions de parcourir et en même temps, le remarquable ensemble de granges d’estive d’altitude (elles sont à 1750m environ), et entre les deux la forêt de pins à crochets. Ces granges, construites en terrasse ou semi-enterrées dans le relief ce qui permet d’accéder au rez de chaussée directement de plain-pied où sont les animaux et de l’autre coté au fenil, épousent la pente. Les toitures faites de larges lauzes de schistes sont raides, et très inclinées pour que la neige s’écoule naturellement. Les ouvertures sur l’extérieur, sur des murs épais, sont réduites au strict minimum.

Photo 3: L’ibon (lac ou étang de montagne en aragonais) de Llardana

Ainsi, cette haute vallée de Ghislain dans l’Aragon, est touchante. Je reprendrais les mots de Patrice de Bellefon dans Les Pyrénées, les 100 plus belles courses et randonnées (1976, chez Denoël): « Les grimpeurs reprochent aux Posets d’être décevants pour l’escalade à cause de leur médiocre rocher schisteux et calcaire. ils seraient moins amers si cette montagne n’était une des plus belles des Pyrénées ! Son nom local, Llardana, qui signifie région brûlée, donne une idée de ses dimensions et de son atmosphère. Le pic domine de 2000 mètres les granges de Viados et de plus de 1500 mètres le refuge d’estes. Ses versants ont des proportions que l’on imagine mal dans l’étroite chaîne des Pyrénées, et sa hauteur, déjà considérable, est agrandie par son isolement. » Luis Alejos dans Pyrénées, guide des 3000m (2003, réédité) dit bien que « Outre le fait de constituer le second point culminant de la chaîne pyrénéenne, le pic de Posets possède le versant le plus haut de tous les trois milles ». Et d’ajouter « L’agrandissement du refuge d’Eriste va convertir la dénommée « route royale » en l’itinéraire le plus fréquenté des Posets. Le fait que la plupart des ascensionnistes utilisent la voie la plus accessible est plutôt positif, mais les dimensions colossales du nouveau bâtiment vont malheureusement contribuer à massifier la zone, en participant ainsi à la dégradation de l’environnement et en augmentant les facteurs de risque ». En août 2020, un alpiniste est décédé en chutant de 300 mètres au pas du funambule.

Photo 4: Toute la ligne de crête, du pic pavots à gauche, aux Posets à droite… Au final, avec 2000 m de dénivellation, il aura fallut 10 heures
Photo 6 : Vue de las Espadas depuis les Posets
Photo 7: Le glacier de Llardana, émouvant, qui s’accroche aux parois à l’ombre…

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