Vosges

Le Gazon de Faing (1305m) sur la crête des hautes Vosges depuis l’étang des dames dans la vallée de la Meurthe

Le Gazon du Faing à 1305 m d’altitude est une large croupe granitique qui laisse dépasser quelques sommets sur la ligne de crête qui marque la limite entre la Lorraine à l’ouest et l’Alsace à l’est, et par le passé la limite entre la France et l’Allemagne comme en attestent les vieilles bornes frontières que l’on peut trouver par ces endroits. Le versant alsacien semble plus alpin avec ses innombrables cirques glaciaires dans lesquels de nombreux lacs viennent se nicher. Le panorama par temps clair est absolument remarquable car tous les grands sommets des Vosges (à l’exception de la zone du ballon d’Alsace) sont visibles tout comme au fond vers le sud le Jura alsacien et la Forêt Noire à l’est au delà de la plaine d’Alsace (la vue sur la vallée de Munster est remarquable là aussi). La ville de Freiburg se localise facilement au loin. Et par temps encore plus clair, il est probable que les Alpes seraient visibles. Ce que j’ai beaucoup aimé alors que nous parcourions l’endroit en fin de journée du lundi 27 avril, que la montagne avait été désertée et que nous étions quasiment seuls, c’est qu’au loin vers l’ouest, dans ce moment où le soleil commence sa chute inexorable vers l’horizon, le panorama dévoilé se poursuivait vers la Lorraine par une succession infinie de lignes de crêtes, d’abord boisée puis plus indéfinissable, qui nous donnait une impression si nette de grands espaces alors qu’en même temps ce massif montagneux nous paraît si commensurable. Nous nous sommes promenés dans quelque chose qui me faisait penser à un immense jardin tant cela me parait harmonieux.

Photo 1 : En remontant vers le Gazon de Faing depuis le lac du Forlet en contrebas… On est donc sur le versant alsacien.

Nous avons été cependant assez déçus de constater au sol, presque aussi fréquemment que les balises des sentiers de randonnée, un nombre incalculable de mouchoirs en papier qui traînaient là de manière assez ostentatoire car on peut se demander qui est assez con pour laisser demeurer ainsi ses déchets et dégrader l’environnement que l’on voudrait parcourir pour son plaisir. Il est vrai que les sentiers de crête autour de la réserve du Gazon de Faing voient déferler environ 400 000 visiteurs par an, ce qui me paraît énorme et en même temps si peu étonnant lorsqu’on sait que la route des crêtes permet à un piéton d’accéder à la zone en moins de 45 minutes. Ces comportements paraissent tellement grotesques.

Photo 2 : En redescendant sur le versant lorrain du Gazon du Faing…

Gazon signifie une pelouse ou un pré en altitude et faing est issu directement du mot germanique soit qui veut dire boue (fanni), soit marais (fenni). En tout cas, il s’agit ici d’un ancien espace pastoral qui revient à la nature en se couvrant d’une strate arbustive autour des myrtilles, airelles des marais ou canneberge et autres callunes. L’ensemble est classé en réserve naturelle et on sera donc invité à ne pas s’égarer en dehors des sentiers balisés. Nous avions choisi de partir de bas dans la vallée, à l’étang des dames dans la haute vallée de la Meurthe donnant ainsi à l’itinéraire une longue montée et une dénivellation assez conséquente puisque le départ se situe à 700 mètres d’altitude à l’étang sus=mentionné. L’itinéraire pas totalement programmé avant le départ nous a finalement amené au Gazon de Faite, 1303m (Faîte signifiant haut d’après Les Annales du département des Vosges, 1892). De là, nous avons poursuivi par le sentier en balcon vers le Dreieck avant de basculer via le chalet Erichsson vers le lac vert (plus de 200 mètres plus bas à 1044 m d’altitude). Repassant devant le dit chalet, en suivant un sentier forestier qui suivait la courbe de niveau nous sommes arrivés au lac du Forlet (le plus haut de toutes les Vosges à 1061m) et chalet du même nom pour faire une pause bienvenue. Comme beaucoup de ces lacs vosgiens, il a été curé et mis en barrage au milieu du 19ème siècle pour assurer un débit estival suffisant à la Fecht qui s’en écoule. Il ne restait plus qu’à gravir le versant méridional et quelque peu raide du Gazon de Faing pour se porter à une heure tardive et bien heureuse sur la ligne de crête qui nous a emmenés vers le point de vue surplombant le grand (29 hectares) et profond (72m) lac blanc. Il n’y avait plus alors qu’à descendre plein ouest vers la forêt, repassant à la clairière où nous avions bivouaqué au « milieu des bêtes sauvages » lors de notre traversée à pied des Vosges. Nous sommes partis en ce jour tard, en fin de matinée, pour surtout rentrer tard à la tombée de la nuit pour être sûrs d’être tranquilles et bénéficier des couleurs du soir.

Cette ligne de crête se trouve être une frontière linguistique entre les langues romanes à l’ouest et germanique à l’est et la toponymie s’en ressent même s’il faut avoir en tête par exemple que du temps de la période impériale après 1870 où l’Alsace était allemande, la frontière avait été rétablie et les promeneurs qui venaient du côté alsacien bénéficiaient du train à crémaillère qui aboutissait au col de la Schlucht tout proche. Dès lors un besoin de cartographie et de guide s’est développé auquel les éditeurs et associations (comme l’ancêtre allemand du club vosgien) de ce côté-ci du massif ont répondu en germanisant à tour de bras de vastes espaces que les marcaires n’avaient pas nommé autrement que pour un usage de la tradition. Marcaire vient de marcairie c’est à dire un bâtiment agricole dépendant d’une ferme, qui est établie dans les zones de pâturages des Vosges et en particulier les hautes chaumes. Mais à l’image d’autres massifs montagneux comme les Pyrénées, ces montagnes n’ont jamais réellement été des frontières fermées car même du temps de l’Alsace allemande, les troupeaux transhumaient à travers ces espaces et les postes frontières.

Photo 3 : A l’approche du Gazon du Faing et de la ferme auberge du même nom qui se situe derrière les arbres…

Voilà alors en redescendant, nous aurons pu néanmoins bénéficier de la tranquillité qui permet à la faune et notamment aux nombreux oiseaux de s’exprimer, laissant le bruit des tronçonneuses à la journée, et pensant de manière inexorable à L’oiseau-forêt de Michel Munier qui me bercera de manière éternelle pour toute équipée dans les Vosges.

« Ces retrouvailles printanières avec mes chères montagnes vosgiennes ont stimulé positivement mes sens comme au sortir de l’hibernation :

Bien sûr, il y a eu la vue: stimulation de nos photorécepteurs en cônes avec les couleurs des premières fleurs: du jaune vif des narcisses au violet des pensées sauvages, le contraste du vert clair des jeunes feuilles sur le fond sombre des résineux. Et puis ce beau panorama dégagé jusqu’à l’Allemagne depuis les crêtes et ces points de vue sur le fond de vallée et les sommets depuis le chemin panoramique qui nous emmène au lac du Forlet.

Photo 4 : Parterre de jonquilles en redescendant depuis le Gazon de Faîte. Au fond, le lac du Forlet.

L’ouïe: dès le parking avec le ronronnement des tronçonneuses, si typique de cette région où le travail du bois est omniprésent et puis au fil de l’ascension le murmure d’une cascade et le chants des oiseaux, notamment celui des mésanges noires et du pinson des arbres : un de ces contre ténors est venu nous rendre visite au moment d’une pause gourmande. Et puis, sur le chemin du retour, en arrivant sur le haut des crêtes, cette impression de grand espace accentué par le silence… un silence apaisant de fin de journée qui nous donne l’impression d’être seuls, privilégiés au milieu de cette environnement exceptionnel ( à qui sait l’apprécier)

Le goût et l’odorat: surtout au moment de la dégustation de cet excellent munster fermier acheté au chalet d’alpage au niveau du lac de Forlet, crémeux et fait à point, un vrai régal. On avait déjà aiguisé ces 2 sens en nous arrêtant à quelques kilomètres de là, à la charmante confiserie de Plainfaing pour goûter le nouveau parfum « briquette », un mélange de réglisse et d’anis. 

Le toucher : le froid de la bière bue à la terrasse, la caresse d’un vent léger ou encore la douceur des jeunes pousses de hêtre qui nous offrent ce vert tendre printanier .

On pourrait rajouter le sens vestibulaire et la proprioception – comme dans chacune de nos randonnées – lorsque nos pieds jouent avec le relief et que l’envie nous prend parfois d’allonger quelques foulées histoire de s’enivrer un peu … le tout c’est de prendre par moment conscience de notre corps, là, dans ce lieu  privilégié comme une méditation qui s’offre à nous au tournant d’une marche ressourçante.

Un réveil bien prometteur pour cette nouvelle saison. » (C.)

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